
2026-02-18
La Loi de Finances durcit le mécanisme de l’apport-cession
Le mécanisme d’apport-cession prévu à l’article 150-0 B ter du Code général des impôts permet, sous conditions, de maintenir la plus-value en report d’imposition constatée lors de l’apport de titres à une société Holding contrôlée par l’apporteur, lorsque cette Holding procède ensuite à leur cession.
Il constitue depuis plus de dix ans un outil central de structuration des cessions d’entreprises.
La dernière Loi de Finances le modifie significativement, nous pouvons oublier nos anciens reflexes !
L’objectif affiché est clair : renforcer l’exigence de réinvestissement productif et limiter les stratégies de simple optimisation patrimoniale.
Trois évolutions structurantes doivent désormais être intégrées dans toute opération.
1. Un seuil de remploi porté à 70 %
Jusqu’à présent, le maintien du report d’imposition supposait le réinvestissement d’au moins 60 % du produit de cession dans des activités éligibles. Ce seuil est désormais relevé à 70 %.
Concrètement, cela signifie que seule une fraction de 30 % du prix de cession peut rester disponible sans remise en cause du report.
La capacité de “cash-out” immédiat s’en trouve réduite.
Pour les dirigeants cédants, cette évolution impose une anticipation plus fine de la structuration patrimoniale globale.
L’apport-cession ne peut plus être envisagé comme un simple outil de différé fiscal avec large flexibilité de trésorerie.
2. Un délai de remploi étendu à 3 ans
En contrepartie du durcissement du seuil, le délai de remploi est allongé à 3 ans (contre 2 ans).
Cette extension offre davantage de temps pour sélectionner des investissements pertinents, conduire les audits et structurer juridiquement les opérations.
Cependant, cette souplesse apparente ne doit pas masquer plusieurs risques et particulièrement l’immobilisation prolongée de liquidités non productives.
La gestion active de la trésorerie en attente de remploi devient un enjeu stratégique.
3. Une obligation de conservation portée à 5 ans
La réforme introduit ou renforce une exigence déterminante : les actifs issus du remploi doivent être conservés pendant une durée minimale de 5 ans.
Cette contrainte transforme profondément la logique du dispositif.
Le réinvestissement ne peut plus être conçu comme une opération transitoire ou tactique. Il s’inscrit désormais dans un horizon moyen-long terme.
Les conséquences pratiques sont majeures :
Le mécanisme d’apport-cession devient un véritable engagement économique sur un cycle d’au moins cinq ans.
Un changement de philosophie
À travers cette réforme, le législateur réaffirme la finalité économique du dispositif : favoriser le financement durable des entreprises plutôt que permettre un simple différé d’imposition.
L’apport-cession s’apparente désormais à un outil structurant de capital-investissement.
Pour les dirigeants et associés envisageant une cession via une Holding, la modélisation fiscale doit être réalisée très en amont de l’opération. L’arbitrage entre liquidité immédiate et capital engagé n’est plus neutre.
Il conviendra donc d’être vigilants : seuls des placements sérieux et solides, capables de soutenir un horizon de détention de cinq ans, garantiront la sécurité du report d’imposition et la conformité fiscale de l’opération.